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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/440

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— Écoutez, fit le docteur.

— Quelque animal dépisté ? dit le maître d’équipage.

— Non ! non ! répondit le docteur en tressaillant, c’est de la plainte ! ce sont des pleurs ! le corps d’Hatteras est là. »

À ces paroles, les quatre hommes s’élancèrent sur les traces de Duk, au milieu des cendres qui les aveuglaient ; ils arrivèrent au fond d’un fjord, à un espace de dix pieds sur lequel les vagues venaient mourir insensiblement.

Là, Duk aboyait auprès d’un cadavre enveloppé dans le pavillon d’Angleterre.

« Hatteras ! Hatteras ! » s’écria le docteur en se précipitant sur le corps de son ami.

Mais aussitôt il poussa une exclamation impossible à rendre.

Ce corps ensanglanté, inanimé en apparence, venait de palpiter sous sa main.

« Vivant ! vivant ! s’écria-t-il.

— Oui, dit une voix faible, vivant sur la terre du pôle où m’a jeté la tempête, vivant sur l’île de la Reine !

— Hurrah pour l’Angleterre ! s’écrièrent les cinq hommes d’un commun accord.

— Et pour l’Amérique ! reprit le docteur en tendant une main à Hatteras et l’autre à l’Américain.

Duk, lui aussi, criait hurrah à sa manière, qui en valait bien une autre.

Pendant les premiers instants, ces braves gens furent tout entiers au bonheur de revoir leur capitaine ; ils sentaient leurs yeux inondés de larmes.

Le docteur s’assura de l’état d’Hatteras. Celui-ci n’était pas grièvement blessé. Le vent l’avait porté jusqu’à la côte, où l’abordage fut fort périlleux ; le hardi marin, plusieurs fois rejeté au large, parvint enfin, à force d’énergie, à se cramponner à un morceau de roc, et il réussit à se hisser au-dessus des flots.

Là, il perdit connaissance, après s’être roulé dans son pavillon, et il ne revint au sentiment que sous les caresses de Duk et au bruit de ses aboiements.

Après les premiers soins, Hatteras put se lever et reprendre, au bras du docteur, le chemin de la chaloupe.

« Le pôle ! le pôle Nord ! répétait-il en marchant.

— Vous êtes heureux ! lui disait le docteur.

— Oui, heureux ! Et vous, mon ami, ne sentez-vous pas ce bonheur, cette joie de se trouver ici ? Cette terre que nous foulons, c’est la terre du pôle ! Cette mer que nous avons traversée, c’est la mer du pôle ! Cet air que nous respirons, c’est l’air du pôle ! Oh ! le pôle Nord ! le pôle Nord ! »