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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/420

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quotidiennes, a dépeint cette physionomie bizarre de l’Océan ; il en parle comme en parlait Penny, suivant lequel ces contrées présentent un aspect « offrant le contraste le plus frappant d’une mer animée par des millions de créatures vivantes. »

La plaine liquide, colorée des nuances les plus vagues de l’outre-mer, se montrait étrangement transparente et douée d’un incroyable pouvoir dispersif, comme si elle eût été faite de carbure de soufre. Cette diaphanéité permettait de la fouiller du regard jusqu’à des profondeurs incommensurables ; il semblait que le bassin polaire fût éclairé par-dessous à la façon d’un immense aquarium ; quelque phénomène électrique, produit au fond des mers, en illuminait sans doute les couches les plus reculées. Aussi la chaloupe semblait suspendue sur un abîme sans fond.


'The Field of Ice' by Riou and Montaut 104.jpg


À la surface de ces eaux étonnantes, les oiseaux volaient en bandes innombrables, pareilles à des nuages épais et gros de tempêtes. Oiseaux de passage, oiseaux de rivage, oiseaux rameurs, ils offraient dans leur ensemble tous les spécimens de la grande famille aquatique, depuis l’albatros, si commun aux contrées australes, jusqu’au pingouin des mers arctiques, mais avec des proportions gigantesques. Leurs cris produisaient un assourdissement continuel. À les considérer, le docteur perdait sa science de naturaliste ; les noms de ces espèces prodigieuses lui échappaient, et il se surprenait à courber la tête, quand leurs ailes battaient l’air avec une indescriptible puissance.

Quelques-uns de ces monstres aériens déployaient jusqu’à vingt pieds d’envergure ; ils couvraient entièrement la chaloupe sous leur vol, et il y avait là par