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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/388

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« Et maintenant, dit-il, à l’ouvrage, à l’ouvrage ! Puisque je n’ai été bon à rien comme chasseur, utilisons mes autres talents. »

Et il se mit en train de dépecer le bœuf, qu’il appelait « le bœuf de la réconciliation », mais si adroitement, qu’il ressemblait à un chirurgien pratiquant une autopsie délicate.

Ses deux compagnons le regardaient en souriant. Au bout de quelques minutes, l’adroit praticien eut retiré du corps de l’animal une centaine de livres de chair appétissante ; il en fit trois parts, dont chacun se chargea, et l’on reprit la route de Fort-Providence.

À dix heures du soir, les chasseurs, marchant dans les rayons obliques du soleil, atteignirent Doctor’s-House, où Johnson et Bell leur avaient préparé un bon repas.

Mais, avant de se mettre à table, le docteur s’était écrié d’une voix triomphante, en montrant ses deux compagnons de chasse :

« Mon vieux Johnson, j’avais emmené avec moi un Anglais et un Américain, n’est-il pas vrai ?

— Oui, monsieur Clawbonny, répondit le maître d’équipage.

— Eh bien, je ramène deux frères. »

Les marins tendirent joyeusement la main à Altamont ; le docteur leur raconta ce qu’avait fait le capitaine américain pour le capitaine anglais, et, cette nuit-là, la maison de neige abrita cinq hommes parfaitement heureux.




CHAPITRE XVIII. — LES DERNIERS PRÉPARATIFS.


Le lendemain, le temps changea ; il y eut un retour au froid ; la neige, la pluie et les tourbillons se succédèrent pendant plusieurs jours.

Bell avait terminé sa chaloupe ; elle répondait parfaitement au but qu’elle devait remplir ; pontée en partie, haute de bord, elle pouvait tenir la mer par un gros temps, avec sa misaine et son foc ; sa légèreté lui permettait d’être halée sur le traîneau sans peser trop à l’attelage de chiens.

Enfin, un changement d’une haute importance pour les hiverneurs se préparait dans l’état du bassin polaire. Les glaces commençaient à s’ébranler au milieu de la baie ; les plus hautes, incessamment minées par les chocs, ne demandaient qu’une tempête assez forte pour s’arracher du rivage et former des