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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/368

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et pendant ce temps il va au travers de la banquise s’assurer de la communication du détroit avec le bassin de Melville.

— Oui, fit Altamont, mais il ne le traversa pas.

— Attendez, fit le docteur. Pendant cet hivernage, les officiers de Mac Clure parcourent les côtes avoisinantes, Creswell, la terre de Baring, Haswelt, la terre du Prince-Albert au sud, et Wynniat le cap Walker au nord. En juillet, aux premiers dégels, Mac Clure tente une seconde fois d’entraîner l’Investigator dans le bassin de Melville ; il s’en approche à vingt milles, vingt milles seulement ! mais les vents l’entraînent irrésistiblement au sud, sans qu’il puisse forcer l’obstacle. Alors, il se décide à redescendre le détroit du Prince-de-Galles et à contourner la terre de Banks pour tenter par l’ouest ce qu’il n’a pu faire par l’est ; il vire de bord ; le 18, il relève le cap Kellet, et le 19, le cap du Prince-Alfred, deux degrés plus haut ; puis, après une lutte effroyable avec les ice-bergs, il demeure soudé dans le passage de Banks, à l’entrée de cette suite de détroits qui ramènent à la mer de Baffin.

— Mais il n’a pu les franchir, répondit Altamont.

— Attendez encore, et ayez la patience de Mac Clure. Le 26 septembre, il prit ses positions d’hiver dans la baie de la Mercy, au nord de la terre de Banks, et y demeura jusqu’en 1852 ; avril arrive ; Mac Clure n’avait plus d’approvisionnements que pour dix-huit mois. Cependant, il ne veut pas revenir ; il part, traverse en traîneau le détroit de Banks et arrive à l’île Melville. Suivons-le. Il espérait trouver sur ces côtes les navires du commandant Austin envoyés à sa rencontre par la mer de Baffin et le détroit de Lancastre ; il touche le 28 avril à Winter-Harbour, au point même où Parry hiverna trente-trois ans auparavant ; mais de navires, aucun ; seulement, il découvre dans un cairn un document par lequel il apprend que Mac Clintock, le lieutenant d’Austin, avait passé là l’année précédente, et était reparti. Où un autre eût désespéré, Mac Clure ne désespère pas. Il place à tout hasard dans le cairn un nouveau document, où il annonce son intention de revenir en Angleterre par le passage du nord-ouest qu’il a trouvé, en gagnant le détroit de Lancastre et la mer de Baffin. Si l’on n’entend plus parler de lui, c’est qu’il aura été entraîné au nord ou à l’ouest de l’île Melville ; puis il revient, non découragé, à la baie de la Mercy refaire un troisième hivernage, de 1852 à 1853.

— Je n’ai jamais mis son courage en doute, répondit Altamont, mais son succès.

— Suivons-le encore, répondit le docteur. Au mois de mars, réduit à deux tiers de ration, à la suite d’un hiver très-rigoureux où le gibier manqua. Mac Clure se décida à renvoyer en Angleterre la moitié de son équipage, soit par la