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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/292

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— C’était donc un véritable palais ? dit Bell.

— Un palais splendide et digne d’une souveraine ! Ah ! la glace ! Que la Providence a bien fait de l’inventer, puisqu’elle se prête à tant de merveilles et qu’elle peut fournir le bien-être aux naufragés ! »

L’aménagement de la maison de neige prit jusqu’au 31 mars : c’était la fête de Pâques, et ce jour fut consacré au repos ; on le passa tout entier dans le salon, où la lecture de l’office divin fut faite, et chacun put apprécier la bonne disposition de la snow-house.

Le lendemain, on s’occupa de construire les magasins et la poudrière ; ce fut encore l’affaire d’une huitaine de jours, en y comprenant le temps employé au déchargement complet du Porpoise, qui ne se fit pas sans difficulté, car la température très-basse ne permettait pas de travailler longtemps. Enfin, le 8 avril, les provisions, le combustible et les munitions se trouvaient en terre ferme et parfaitement à l’abri ; les magasins étaient situés au nord, et la poudrière au sud du plateau, à soixante pieds environ de chaque extrémité de la maison ; une sorte de chenil fut construit près des magasins ; il était destiné à loger l’attelage groënlandais, et le docteur l’honora du nom de « Dog-Palace ». Duk, lui, partageait la demeure commune.

Alors, le docteur passa aux moyens de défense de la place. Sous sa direction, le plateau fut entouré d’une véritable fortification de glace qui le mit à l’abri de toute invasion ; sa hauteur faisait une escarpe naturelle, et, comme il n’avait ni rentrant ni saillant, il était également fort sur toutes les faces. Le docteur, en organisant ce système de défense, rappelait invinciblement à l’esprit le digne oncle Tobie de Sterne, dont il avait la douce bonté et l’égalité d’humeur. Il fallait le voir calculant la pente de son talus intérieur, l’inclinaison du terre-plein et la largeur de la banquette ; mais ce travail se faisait si facilement avec cette neige complaisante, que c’était un véritable plaisir, et l’aimable ingénieur put donner jusqu’à sept pieds d’épaisseur à sa muraille de glace ; d’ailleurs, le plateau dominant la baie, il n’eut à construire ni contre-escarpe, ni talus extérieur, ni glacis ; le parapet de neige, après avoir suivi les contours du plateau, prenait le mur du rocher en retour et venait se souder aux deux côtés de maison. Ces ouvrages de castramétation furent terminés vers le 15 avril. Le fort était au complet, et le docteur paraissait très fier de son œuvre.

En vérité, cette enceinte fortifiée eût pu tenir longtemps contre une tribu d’Esquimaux, si de pareils ennemis se fussent jamais rencontrés sous une telle latitude ; mais il n’y avait aucune trace d’êtres humains sur cette côte ; Hatteras, en relevant la configuration de la baie, ne vit jamais un seul reste de ces huttes qui