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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/181

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vapeur au lieu de la laisser se résoudre en eau ; on les vidait deux fois par semaine, et ils renfermaient quelquefois plusieurs boisseaux de glace. C’était autant de pris sur l’ennemi.

Le feu se réglait parfaitement et facilement, au moyen des manches à air ; on reconnut qu’une petite quantité de charbon suffisait à maintenir dans les salles une température de cinquante degrés (+10° centigr.). Cependant Hatteras, après avoir fait jauger ses soutes, vit bien que, même avec la plus grande parcimonie il n’avait pas pour deux mois de combustible.

Un séchoir fut installé pour les vêtements, qui devaient être souvent lavés ; on ne pouvait les faire sécher à l’air, car ils devenaient durs et cassants.

Les parties délicates de la machine furent aussi démontées avec soin ; la chambre qui la renfermait fut hermétiquement close.

La vie du bord devint l’objet de sérieuses méditations ; Hatteras la régla avec le plus grand soin, et le règlement fut affiché dans la salle commune. Les hommes se levaient à six heures du matin ; les hamacs étaient exposés à l’air trois fois par semaine ; le plancher des deux chambres fut frotté chaque matin avec du sable chaud ; le thé brûlant figurait à chaque repas, et la nourriture variait autant que possible suivant les jours de la semaine ; elle se composait de pain, de farine, de gras de bœuf et de raisins secs pour les puddings, de sucre, de cacao, de thé, de riz, de jus de citron, de viande conservée, de bœuf et de porc salé, de choux et de légumes au vinaigre ; la cuisine était située en dehors des salles communes ; on se privait ainsi de sa chaleur, mais la cuisson des aliments est une source constante d’évaporation et d’humidité.

La santé des hommes dépend beaucoup de leur genre de nourriture ; sous ces latitudes élevées, on doit consommer le plus possible de matières animales. Le docteur avait présidé à la rédaction du programme d’alimentation.

« Il faut prendre exemple sur les Esquimaux, disait-il ; ils ont reçu les leçons de la nature et sont nos maîtres en cela ; si les Arabes, si les Africains peuvent se contenter de quelques dattes et d’une poignée de riz, ici il est important de manger, et beaucoup. Les Esquimaux absorbent jusqu’à dix et quinze livres d’huile par jour. Si ce régime ne vous plaît pas, nous devons recourir aux matières riches en sucre et en graisse. En un mot, il nous faut du carbone, faisons du carbone ! c’est bien de mettre du charbon dans le poêle, mais n’oublions pas d’en bourrer ce précieux poêle que nous portons en nous ! »

Avec ce régime, une propreté sévère fut imposée à l’équipage ; chacun dut prendre tous les deux jours un bain de cette eau à demi glacée, que procurait le trou à feu, excellent moyen de conserver sa chaleur naturelle. Le docteur don-