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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/164

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« Pas un mot, vous autres, dit Hatteras, ou cet homme tombe mort ! »

En ce moment, Johnson et Bell désarmèrent Pen, qui ne résista plus et se laissa conduire à fond de cale.

« Allez, Brunton, » dit Hatteras.

L’ingénieur, suivi de Plover et de Waren, descendit à son poste. Hatteras revint sur la dunette.

« Ce Pen est un misérable, lui dit le docteur.

— Jamais homme n’a été plus près de la mort, » répondit simplement le capitaine.

Bientôt la vapeur eut acquis une pression suffisante : les ancres du Forward furent levées ; celui-ci, coupant vers l’est, mit le cap sur la pointe Beecher et trancha de son étrave les jeunes glaces déjà formées.

On rencontre entre l’île Baring et la pointe Beecher un assez grand nombre d’îles, échouées pour ainsi dire au milieu des ice-fields ; les streams se pressaient en grand nombre dans les petits détroits dont cette partie de la mer est sillonnée ; ils tendaient à s’agglomérer sous l’influence d’une température relativement basse ; des hummocks se formaient çà et là, et l’on sentait que ces glaçons, déjà plus compactes, plus denses, plus serrés, feraient bientôt, avec l’aide des premières gelées, une masse impénétrable.

Le Forward chenalait donc, non sans une extrême difficulté, au milieu des tourbillons de neige. Cependant, avec la mobilité qui caractérise l’atmosphère de ces régions, le soleil reparaissait de temps à autre ; la température remontait de quelques degrés ; les obstacles se fondaient comme par enchantement, et une belle nappe d’eau, charmante à contempler, s’étendait là où naguère les glaçons hérissaient toutes les passes. L’horizon revêtait de magnifiques teintes orangées sur lesquelles l’œil se reposait complaisamment de l’éternelle blancheur des neiges.

'The English at the Noth Pole' by Riou and Montaut 093.jpg

Le jeudi 26 juillet, le Forward rasa l’île Dundas et mit ensuite le cap plus au nord ; mais alors il se trouva face à face avec une banquise, haute de huit à neuf pieds et formée de petits ice-bergs arrachés à la côte ; il fut obligé d’en prolonger longtemps la courbure dans l’ouest. Le craquement ininterrompu des glaces, se joignant aux gémissements du navire, formait un bruit triste qui tenait du soupir et de la plainte. Enfin le brick trouva une passe et s’y avança pénible-