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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/152

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— M’expliquerez-vous ?

— Je ne t’expliquerai rien, car c’est inexplicable ; mais tu verras et tu comprendras que la science géologique n’a pas encore dit son dernier mot.

— Sortons donc ! m’écriai-je en me levant brusquement.

— Non, Axel, non ! le grand air pourrait te faire du mal.

— Le grand air ?

— Oui, le vent est assez violent. Je ne veux pas que tu t’exposes ainsi.

— Mais je vous assure que je me porte à merveille.

— Un peu de patience, mon garçon. Une rechute nous mettrait dans l’embarras, et il ne faut pas perdre de temps, car la traversée peut être longue.

— La traversée ?

— Oui, repose-toi encore aujourd’hui, et nous nous embarquerons demain.

— Nous embarquer ? »

Ce dernier mot me fit bondir.

Quoi ! nous embarquer ! Avions-nous donc un fleuve, un lac, une mer à notre disposition ? Un bâtiment était-il mouillé dans quelque port intérieur ?

Ma curiosité fut excitée au plus haut point. Mon oncle essaya vainement de me retenir. Quand il vit que mon impatience me ferait plus de mal que la satisfaction de mes désirs, il céda.

Je m’habillai rapidement. Par surcroît de précaution, je m’enveloppai dans une des couvertures et je sortis de la grotte.




XXX


D’abord je ne vis rien. Mes yeux, déshabitués de la lumière, se fermèrent brusquement. Lorsque je pus les rouvrir, je demeurai encore plus stupéfait qu’émerveillé.

« La mer ! m’écriai-je.

— Oui, répondit mon oncle, la mer Lidenbrock ; et, j’aime à le penser, aucun navigateur ne me disputera l’honneur de l’avoir découverte et le droit de la nommer de mon nom ! »

Une vaste nappe d’eau, le commencement d’un lac ou d’un océan, s’étendait au delà des limites de la vue. Le rivage, largement échancré, offrait aux dernières ondulations des vagues un sable fin, doré et parsemé de ces petits coquillages où vécurent les premiers êtres de la création. Les flots s’y brisaient