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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/129

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— Cela n’est pas douteux, répliqua mon oncle ; il y a là mille atmosphères de pression, si cette colonne d’eau a trente-deux mille pieds de hauteur. Mais il me vient une idée.

— Laquelle ?

— Pourquoi nous entêter à boucher cette ouverture ?

— Mais, parce que… »

J’aurais été embarrassé de trouver une bonne raison.

« Quand nos gourdes seront vides, sommes-nous assurés de pouvoir les remplir ?

— Non, évidemment.

— Eh bien, laissons couler cette eau ! Elle descendra naturellement et guidera ceux qu’elle rafraîchira en route !

— Voilà qui est bien imaginé ! m’écriai-je, et avec ce ruisseau pour compagnon, il n’y a plus aucune raison pour ne pas réussir dans nos projets.

— Ah ! tu y viens, mon garçon, dit le professeur en riant.

— Je fais mieux que d’y venir, j’y suis.

— Un instant ! Commençons par prendre quelques heures de repos. »

J’oubliais vraiment qu’il fît nuit. Le chronomètre se chargea de me l’apprendre. Bientôt chacun de nous, suffisamment restauré et rafraîchi, s’endormit d’un profond sommeil.




XXIV


Le lendemain, nous avions déjà oublié nos douleurs passées. Je m’étonnai tout d’abord de n’avoir plus soif, et j’en demandai la raison. Le ruisseau qui coulait à mes pieds en murmurant se chargea de me répondre.

On déjeuna et l’on but de cette excellente eau ferrugineuse. Je me sentais tout ragaillardi et décidé à aller loin. Pourquoi un homme convaincu comme mon oncle ne réussirait-il pas, avec un guide industrieux comme Hans et un neveu « déterminé » comme moi ? Voilà les belles idées qui se glissaient dans mon cerveau ! On m’eût proposé de remonter à la cime du Sneffels que j’aurais refusé avec indignation.

Mais il n’était heureusement question que de descendre.

« Partons ! » m’écriai-je, en éveillant par des accents enthousiastes les vieux échos du globe.