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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/121

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assez la voie différente où chacun de nous essayait d’entraîner l’autre ; mais Hans semblait s’intéresser peu à la question dans laquelle son existence se trouvait en jeu, prêt à partir si l’on donnait le signal du départ, prêt à rester à la moindre volonté de son maître.

Que ne pouvais-je en cet instant me faire entendre de lui ! Mes paroles, mes gémissements, mon accent auraient eu raison de cette froide nature. Ces dangers que le guide ne paraissait pas soupçonner, je les lui eusse fait comprendre et toucher du doigt. À nous deux nous aurions peut-être convaincu l’entêté professeur. Au besoin, nous l’aurions contraint à regagner les hauteurs du Sneffels !

Je m’approchai de Hans. Je mis ma main sur la sienne. Il ne bougea pas. Je lui montrai la route du cratère. Il demeura immobile. Ma figure haletante disait toutes mes souffrances. L’Islandais remua doucement la tête, et désignant tranquillement mon oncle :

« Master », fit-il.

— Le maître, m’écriai-je ! insensé ! non, il n’est pas le maître de ta vie ! il faut fuir ! il faut l’entraîner ! M’entends-tu ! me comprends-tu ?

J’avais saisi Hans par le bras. Je voulais l’obliger à se lever. Je luttais avec lui. Mon oncle intervint.

« Du calme, Axel, dit-il. Tu n’obtiendras rien de cet impassible serviteur. Ainsi, écoute ce que j’ai à te proposer. »

Je me croisai les bras, en regardant mon oncle bien en face.

« Le manque d’eau, dit-il, met seul obstacle à l’accomplissement de mes projets. Dans cette galerie de l’est, faite de laves, de schistes, de houilles, nous n’avons pas rencontré une seule molécule liquide. Il est possible que nous soyons plus heureux en suivant le tunnel de l’ouest. »

Je secouai la tête avec un air de profonde incrédulité.

« Écoute-moi jusqu’au bout, reprit le professeur en forçant la voix. Pendant-que tu gisais ici sans mouvement, j’ai été reconnaître la conformation de cette galerie. Elle s’enfonce directement dans les entrailles du globe, et, en peu d’heures, elle nous conduira au massif granitique. Là, nous devons rencontrer des sources abondantes. La nature de la roche le veut ainsi, et l’instinct est d’accord avec la logique pour appuyer ma conviction. Or, voici ce que j’ai à te proposer. Quand Colomb a demandé trois jours à ses équipages pour trouver les terres nouvelles, ses équipages, malades, épouvantés, ont cependant fait droit à sa demande, et il a découvert le nouveau monde. Moi, le Colomb de ces régions souterraines, je ne te demande qu’un jour encore. Si, ce temps écoulé, je n’ai pas rencontré l’eau qui nous manque, je te le jure, nous reviendrons à la surface