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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/112

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préoccupation était de ne point perdre mes compagnons de vue. Je frémissais à la pensée de m’égarer dans les profondeurs de ce labyrinthe.

D’ailleurs, si la route ascendante devenait plus pénible, je m’en consolais en songeant qu’elle me rapprochait de la surface de la terre. C’était un espoir. Chaque pas le confirmait, et je me réjouissais à cette idée de revoir ma petite Graüben.

À midi un changement d’aspect se produisit dans les parois de la galerie. Je m’en aperçus à l’affaiblissement de la lumière électrique réfléchie par les murailles. Au revêtement de lave succédait la roche vive. Le massif se composait de couches inclinées et souvent disposées verticalement. Nous étions en pleine époque de transition, en pleine période silurienne[1].

« C’est évident, m’écriai-je, les sédiments des eaux ont formé, à la seconde époque de la terre, ces schistes, ces calcaires et ces grès ! Nous tournons le dos au massif granitique ! Nous ressemblons à des gens de Hambourg, qui prendraient le chemin de Hanovre pour aller à Lubeck. »

J’aurais dû garder pour moi mes observations. Mais mon tempérament de géologue l’emporta sur la prudence, et l’oncle Lidenbrock entendit mes exclamations.

« Qu’as-tu donc ? dit-il.

— Voyez ! répondis-je en lui montrant la succession variée des grès, des calcaires et les premiers indices des terrains ardoisés.

— Eh bien ?

— Nous voici arrivés à cette période pendant laquelle ont apparu les premières plantes et les premiers animaux !

— Ah ! tu penses ?

— Mais regardez, examinez, observez ! »

Je forçai le professeur à promener sa lampe sur les parois de la galerie. Je m’attendais à quelque exclamation de sa part. Mais il ne dit pas un mot et continua sa route.

M’avait-il compris ou non ? Ne voulait-il pas convenir, par amour-propre d’oncle et de savant, qu’il s’était trompé en choisissant le tunnel de l’est, ou tenait-il à reconnaître ce passage jusqu’à son extrémité ? Il était évident que nous avions quitté la route des laves, et que ce chemin ne pouvait conduire au foyer du Sneffels.

Cependant je me demandai si je n’accordais pas une trop grande importance à

  1. Ainsi nommée parce que les terrains de cette période sont fort étendus en Angleterre, dans les contrées habitées autrefois par la peuplade celtique des Silures.