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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/54

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un drame en livonie.

ne le faisait que par des paroles évasives qui ne contentaient pas le docteur.

« Voyons, Dimitri, répétait-il, tu as l’air d’être au fond de la Courlande, lorsque nous sommes à Riga !… Est-ce que, par hasard, ton intention serait de te désintéresser de la lutte ?… L’opinion est pour toi, la haute administration est pour toi… Voudrais-tu donc assurer une fois de plus le succès des Johausen ?… »

Encore ce nom, qui produisait toujours l’effet d’un coup violent sur l’infortuné débiteur de la riche maison de banque !

« Ils sont plus puissants que tu ne le crois, Hamine… répondit Dimitri.

— Mais moins qu’ils ne le disent, on le verra bien ! » répliqua le docteur.

La demie de neuf heures sonna à l’horloge. Il était temps de se retirer. Le docteur et M. Delaporte se levèrent pour prendre congé de leurs hôtes.

Il faisait très mauvais temps. La rafale fouettait les fenêtres. Le vent sifflait au tournant des rues, et, s’engouffrant par la cheminée, rabattait parfois la fumée du poêle.

« Quelle bourrasque ! dit le consul.

— Un temps à ne pas mettre un médecin dehors !… déclara le docteur. Allons, venez, Delaporte, je vous offre une place dans ma voiture… Une voiture à deux pieds, sans roues ! »

Le docteur embrassa Ilka, suivant sa vieille habitude. M. Delaporte et lui serrèrent cordialement la main à M. Dimitri Nicolef, qui les reconduisit jusqu’au seuil de la maison. Puis tous deux disparurent au milieu de cette obscurité où la tourmente faisait rage.

Ilka vint donner à son père le baiser du soir, et Dimitri Nicolef la pressa dans ses bras peut-être avec plus de tendresse que d’habitude.