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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/39

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slave pour slave.

eût été de fouiller le bois de sapins. Mais, après une courte halte, elle se remit en marche.

Le soir, dès six heures, le voyage fut repris. Le ciel était sans nuages. La lune, presque pleine, brillait d’un vif éclat. À trois heures du matin, le fugitif commença à longer la rive gauche d’une rivière, la Pernowa, cinq verstes en amont de Pernau.

En la suivant, il arrivait au faubourg de la ville, où il avait le dessein de se loger dans une modeste auberge jusqu’au jour de son départ.

Sa satisfaction fut extrême lorsqu’il observa que la débâcle entraînait déjà les glaçons de la Pernowa vers le golfe. Encore quelques jours, et il en aurait fini avec les interminables cheminements, les dures étapes, les fatigues et les dangers de toutes sortes.

Il le croyait du moins…

Soudain un cri retentit. C’était le même que celui dont il avait été salué à son arrivée à la frontière livonienne du lac Peipous, et qui rappelait à son oreille le « verda » germanique.

Cette fois, ce cri ne sortait pas de la bouche d’un douanier.

Une escouade d’agents venait d’apparaître sous les ordres du brigadier Eck, — quatre hommes qui surveillaient la route aux approches de Pernau. Le fugitif s’arrêta un instant, puis il s’élança en descendant la berge.

« C’est lui !… » hurla un des agents.

Malheureusement, l’intense lumière de la lune ne permettait pas de se sauver sans être aperçu. Eck et ses hommes se jetèrent sur les talons du fuyard. Celui-ci, ses forces déjà usées par sa longue étape, ne retrouvait pas sa vitesse habituelle. Il lui serait malaisé d’échapper à ces policiers qui ne s’étaient point rompu les jambes à marcher depuis dix heures.

« Plutôt mourir que de me laisser reprendre ! » se dit-il.