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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/36

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un drame en livonie.

surveiller ses meules, tournant à toute vitesse sous l’action des grandes ailes ?…

Une heure s’écoula au milieu des tic tac de l’arbre, des grincements de l’engrenage, des sifflements de la brise ; des gémissements du grain écrasé. L’ombre commençait à noyer le crépuscule, toujours long sous ces hautes latitudes. À l’intérieur du galetas, l’obscurité était complète. Le moment approchait de prendre ses dispositions. L’étape de cette nuit serait fatigante ; elle ne comprendrait pas moins d’une quarantaine de verstes, et il importait de ne pas différer le départ, du moment qu’il serait possible.

Le fugitif s’assura que le couteau qu’il portait à la ceinture jouait facilement dans sa gaine. Il introduisit six cartouches dans le barillet de son revolver en remplacement de celles qu’il avait brûlées contre les loups.

Restait la difficulté, assez grande d’ailleurs, de passer à travers la lucarne, sans être accroché par l’arbre tournant, dont l’extrémité s’appuyait au bâti du mécanisme, à l’orifice même de cette lucarne. Cela fait, en se retenant aux saillies de la toiture, on pouvait rejoindre le grand levier sans trop de peine.

Le fugitif se glissait vers la lucarne, lorsqu’un bruit, assez perceptible au milieu du train de la meule et des engrenages, se fit entendre.

C’était le bruit d’un pas pesant sous lequel criaient les marches de l’escalier. Le meunier montait vers le galetas, un fanal à la main.

Il apparut, en effet, au moment où le fugitif, ramassé sur lui-même, revolver au poing, s’apprêtait à s’élancer sur lui.

Mais, dès que le meunier eut dépassé à mi-corps le niveau du plancher, il dit :

« Petit père, voici l’instant de partir… Ne tarde pas… Descends… la porte est ouverte. »