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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/260

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un drame en livonie.

lui, de se rendre aux instances des amis de son père… Il ne pouvait rien obtenir d’elle, – pas même une espérance pour l’avenir, et se heurtait à une implacable volonté.

Le docteur Hamine, témoin du désespoir de Wladimir, tentait quelquefois de faire fléchir Ilka, sans y parvenir…

« La fille d’un assassin, répondait-elle, ne peut devenir la femme d’un honnête homme ! »

Tout le monde savait cela dans la ville et comment ne pas admirer cette énergique nature qui inspirait en même temps les plus sincères sentiments de pitié.

Cependant le temps s’écoulait dans ces conditions. Aucun incident ne s’était produit, lorsque, le 17 septembre, arriva une lettre à l’adresse de Jean et d’Ilka Nicolef.

Cette lettre était signée du pope de Riga, vieillard de soixante-dix ans, vénéré de toute la population orthodoxe, et près duquel Ilka allait parfois chercher de ces consolations que la religion peut seule donner.

Le pope invitait le frère et la sœur à se trouver le jour même, à cinq heures, au cimetière de Riga. De leur côté le docteur Hamine et Wladimir Yanof, ayant reçu une lettre identique, se rendirent dans la matinée à la maison de Dimitri Nicolef.

Jean leur montra cette lettre signée du pope Axief :

« Que signifie cette invitation, dit-il, et pourquoi nous donner rendez-vous au cimetière ?… »

C’était le cimetière où avaient été déposés les restes de Dimitri Nicolef, sans que l’Église eût pris part aux funérailles du suicidé.

« Que pensez-vous, docteur ?… demanda Wladimir.

— Je pense que nous devons aller là où le pope nous demande d’aller… C’est un respectable prêtre, sage et prudent, et, s’il nous a envoyé cette invitation, c’est qu’il a eu des raisons sérieuses de le faire.