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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/246

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un drame en livonie.

« Qu’as-tu ?… demanda Nicolef, en dirigeant sur lui ses regards fatigués.

— Dimitri ! s’écria Wladimir, parlez-moi… dites-moi tout… Je ne sais… justifiez-vous… Non ! ce n’est pas possible !… Expliquez-vous… ma raison s’égare…

— Qu’y a-t-il donc ?… répondit Nicolef. Encore quelque malheur qui vient s’ajouter à tant d’autres ? »

Et il prononça ces désespérantes paroles en homme qui s’attend à tout, et que nul coup du sort ne peut plus surprendre.

« Wladimir… reprit-il, c’est moi maintenant qui t’ordonne de parler… Me justifier, et de quoi ?… Tu en es donc venu à croire que je suis… »

Wladimir ne le laissa pas achever, et, se maîtrisant par un effort surhumain :

« Dimitri, dit-il, il y a une heure… une assignation est arrivée ici…

— Au nom des frères Johausen !… répondit Nicolef. Alors, tu sais maintenant quelle est ma situation vis-à-vis d’eux… Je ne puis les rembourser… et c’est une dette qui retombera sur la tête des miens ! Wladimir, tu vois, il est impossible, à présent, que tu puisses devenir mon fils… »

Wladimir Yanof ne répondit pas à cette dernière phrase, empreinte d’une profonde amertume.

« Dimitri… reprit-il, j’ai eu la pensée qu’il m’appartenait de mettre fin à cette triste situation…

— Toi ?…

— J’avais à ma disposition la somme que vous m’aviez remise à Pernau…

— Cet argent t’appartient, Wladimir !… Il te vient de ton père… C’est un dépôt que je t’ai rendu…

— Oui… je sais… je sais… et, puisqu’il m’appartenait, j’avais le droit d’en disposer… J’ai pris les billets… ceux-là mêmes que