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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/239

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coups sur coups.

par les banquiers mit en demeure Dimitri Nicolef d’avoir à payer la somme de dix-huit mille roubles échue le jour même.

Le malheur voulut que ce fût Wladimir Yanof qui reçut cette assignation de la main de l’huissier. Oui !… le malheur, comme on va le voir.

Wladimir prit connaissance de cette assignation. Elle disait que Nicolef, engagé pour les dettes paternelles, était encore redevable vis-à-vis de MM. Johausen frères d’une somme considérable ; Wladimir comprit tout, ayant su autrefois que le professeur avait éprouvé de grands embarras pécuniaires à la mort de son père ; il comprit que Nicolef avait répondu des dettes de celui-ci ; il comprit que, s’il n’avait jamais voulu en parler à sa famille, à ses enfants, c’était pour ne pas ajouter ce souci à tant d’autres, c’était qu’il espérait s’acquitter du restant de la dette à force d’économies et de travail.

Oui ! Wladimir comprit tout cela, et il comprit aussi quel était son devoir.

Son devoir, c’était de sauver Dimitri Nicolef, puisqu’il le pouvait. Ne possédait-il pas une somme plus que suffisante, — les vingt mille roubles provenant du dépôt laissé par Jean Yanof entre les mains du professeur, et dont celui-ci lui avait fait remise intégrale à Pernau ?…

Eh bien, il prendrait sur cette somme ce qui serait nécessaire au payement intégral de la dette, il rembourserait MM. Johausen frères, il sauverait Dimitri Nicolef de cette dernière catastrophe.

Il était alors cinq heures du soir, et la maison de banque fermait à six.

Wladimir Yanof n’avait pas un instant à perdre. Résolu à ne rien dire de ce qu’il allait faire, il regagna sa chambre, prit dans son bureau un nombre de billets suffisant pour verser la somme due, sortit sans avoir été vu de personne, et se dirigea vers la porte de la maison.