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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/212

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un drame en livonie.

— Je vous ferai observer, mon colonel, que l’assassin a dû nécessairement savoir qu’il y avait gros à voler, et que Nicolef ne l’ignorait pas…

— Ni d’autres non plus, repartit vivement le colonel Raguenof, puisque Poch avait été assez imprudent pour bavarder là-dessus, pour laisser voir son portefeuille… Est-ce que Kroff ne le savait pas, et Broks, le conducteur, et les iemshicks qui se sont succédé aux différents relais, sans compter les paysans et bûcherons attablés dans la grande salle, à l’heure où Nicolef et le garçon de banque ont ouvert la porte du cabaret ? »

Assurément, cette argumentation avait sa valeur. Les présomptions ne pesaient pas uniquement sur Dimitri Nicolef. Il restait toujours à démontrer, d’ailleurs, que le professeur se serait trouvé dans une telle situation pécuniaire qu’il n’aurait pu en sortir que par un vol doublé d’un meurtre.

Malgré tout, le major ne voulait pas se rendre et concluait à la culpabilité de Nicolef.

« Et moi je conclus, répondit le colonel, que les Allemands sont toujours des Allemands…

— Comme les Slaves sont toujours des Slaves, riposta le major.

— Aussi, laissons le juge Kerstorf continuer son enquête, dit en terminant le colonel Raguenof. Lorsque l’instruction sera définitivement close, il sera temps de discuter le pour et le contre. »

Tout en se tenant en dehors de ces opinions trop asservies aux passions politiques du jour, le magistrat instruisait l’affaire avec un soin minutieux. Il savait maintenant ce que le professeur s’était toujours refusé à révéler : les motifs de son voyage, et cela justifiait sa répugnance à le croire coupable. Mais alors, quel était l’auteur du crime ?… Nombre de témoins furent appelés dans son cabinet : les postillons qui avaient conduit la malle entre