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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/202

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un drame en livonie.

Munisinsk. Une condamnation à la déportation perpétuelle pesait sur lui. Sa fiancée, Ilka Nicolef, pouvait-elle conserver l’espoir qu’il lui serait rendu, qu’un jour, dans sa famille adoptive, la seule qui lui restât au monde, il retrouverait le repos et le bonheur ?…

Non, et, sans doute, tous deux ne se reverraient que s’il était permis à Ilka de le rejoindre dans son exil — à moins qu’il ne parvînt à s’échapper !…

Or, après quatre ans, il s’est échappé, il a traversé les steppes sibériens et européens de l’Empire russe. Il est arrivé à Pernau, où il espérait s’embarquer pour la France ou l’Angleterre.

C’est là qu’il est caché, dépistant la police, attendant qu’un navire lui offre passage, dès que la navigation sera redevenue libre sur la Baltique.

Réfugié à Pernau, Wladimir Yanof était à bout de ressources. Aussi écrivit-il à Dimitri Nicolef, et ce fut cette lettre qui détermina le professeur à partir, afin de remettre au fils le dépôt qui lui avait été confié par le père.

Et si Nicolef n’a rien voulu dire de son voyage ni à ses amis ni à sa fille, c’est, au départ, parce qu’il voulait s’être assuré de la présence de Wladimir à Pernau ; c’est, au retour, parce que le proscrit lui avait fait jurer de ne point révéler sa présence à Ilka, tant qu’une seconde lettre ne lui aurait pas appris qu’il était en sûreté sur une terre étrangère.

Dimitri Nicolef avait donc quitté Riga secrètement. Bien qu’il eût payé sa place jusqu’à Revel, afin qu’on ne pût soupçonner où il se rendait, il comptait abandonner la malle-poste à Pernau, où elle arriverait le soir même, et, sans l’accident survenu à vingt verstes de la ville, le voyage se fût accompli dans les meilleures conditions.

On sait quel déplorable concours de circonstances vint com-