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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/170

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un drame en livonie.

« Ce Poch, reprit le magistrat, n’avait-il pas un portefeuille du genre de ceux qui servent habituellement aux garçons de banque pour leurs recettes ?…

— C’est possible, monsieur, mais je ne l’ai point remarqué.

— Ainsi vous ne pouvez pas dire s’il le laissait, imprudemment peut-être, ou traîner sur la banquette, ou voir à des personnes qui s’approchaient de la malle aux relais ?

— J’étais dans un coin, enveloppé dans ma houppelande, sommeillant parfois sous mon capuchon, et je n’ai guère vu ce que faisait ou ne faisait pas mon compagnon de voyage.

— Cependant, le conducteur Broks est affirmatif sur ce fait…

— Eh bien, monsieur le juge, s’il affirme ce fait, c’est que ce fait est vrai. Quant à moi, je ne puis infirmer ni confirmer son dire.

— Vous n’avez pas causé avec Poch ?…

— Pendant le voyage, non… Je ne lui ai parlé pour la première fois que lorsqu’il s’est agi de gagner l’auberge après l’accident de la malle.

— Et, toute la journée, vous êtes resté dans votre coin, le capuchon soigneusement rabattu sur votre figure ?…

— Soigneusement ?… Pourquoi soigneusement, monsieur ?… demanda M. Nicolef, qui releva assez vivement le mot.

— Parce que, semble-t-il, vous ne teniez pas à être reconnu. »

Ce fut le major Verder qui, intervenant de nouveau dans l’interrogatoire, lança cette réponse contenant évidemment une insinuation.

Cette fois Dimitri Nicolef ne la repoussa pas comme il avait fait du mot prononcé par le juge. Après un instant de silence, il se contenta de dire :

« En admettant qu’il m’eût convenu de voyager incognito, je pense que c’est le droit de tout homme libre en Livonie comme ailleurs !