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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/156

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un drame en livonie.

— Et, depuis, il n’a pu recevoir de visite qui ait pu motiver ce voyage ?…

— Non, assurément, répondit la jeune fille. Je pense qu’il a dû se coucher aussitôt, car je n’ai entendu aucun bruit pendant la soirée…

— Votre servante ne lui a point remis une lettre qui serait arrivée plus tard ?…

— Non, docteur, et je puis affirmer que la porte de la maison ne s’est pas rouverte, après s’être refermée sur vous.

— Il est donc certain que, ce soir-là, son projet était déjà arrêté…

— Nul doute à cet égard, ajouta M. Delaporte.

— Nul doute ! répondit le docteur. Et, le lendemain matin, ma chère enfant, après avoir lu le billet de votre père, vous n’avez pas cherché à savoir quelle direction il avait prise en quittant sa maison ?…

— Comment l’aurais-je pu, répondit Ilka, et même pourquoi l’aurais-je fait ?… Mon père a eu des raisons qu’il n’a cru devoir communiquer à personne, pas même à sa fille… Aussi, si je suis inquiète, c’est moins parce que mon père s’est absenté que parce que son absence se prolonge…

— Non, Ilka, non !… répondit le docteur Hamine, qui voulait absolument rassurer la jeune fille, Dimitri est encore dans les délais qu’il a fixés, et cette nuit, ou demain au plus tard, il sera de retour ! »

Au fond, le docteur était peut-être plus inquiet des motifs qui avaient pu déterminer ce voyage que du voyage même.

Puis, M. Delaporte et lui, prenant congé, promirent de revenir dans la soirée pour avoir des nouvelles de Dimitri.

La jeune fille resta sur le seuil de la maison jusqu’au moment où tous deux disparurent au tournant de la rue. Puis, pensive, agitée de sombres pressentiments, elle regagna sa chambre.