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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/148

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un drame en livonie.

commencés, achevés même… Et voilà que Poch venait de tomber sous les coups d’un assassin, dans un cabaret isolé, sur l’une des routes de la Livonie !… Quel effet produisit cette nouvelle !

Et, paraît-il, on ne put éviter que Zénaïde ne l’apprît brusquement, sans préparation, en lisant un journal qui insérait la dépêche et ne donnait aucun détail.

La pauvre femme fut comme foudroyée. Ses voisins d’abord, Mme Johausen ensuite, lui apportèrent des consolations et des secours. Peut-être la pauvre femme ne se relèverait-elle pas d’un si terrible coup.

Cependant, si on connaissait la victime, on ne connaissait pas le meurtrier. Au cours de ces deux journées du 14 et du 15, alors que la justice s’était rendue sur les lieux et procédait à son enquête, rien n’avait transpiré à ce sujet. Il convenait d’attendre le retour des magistrats, et encore était-il possible qu’ils n’eussent point découvert l’auteur du crime.

Quant au meurtrier, quel qu’il fût, il était voué à l’exécration publique. Ce ne serait pas assez pour le châtier de toute la sévérité des lois. On était à regretter le temps où les plus épouvantables tortures précédaient l’expiation suprême. Il ne faut pas oublier que ce drame judiciaire a pour théâtre les provinces Baltiques où, sans remonter à une lointaine époque, la justice procédait d’une façon barbare contre les condamnés à la peine capitale. On les tenaillait d’abord au fer rouge, on les livrait au supplice des verges, mille coups quelquefois, six mille même, qui ne frappaient plus qu’un cadavre. Il y avait de ces patients que l’on enfermait entre quatre murs, où ils mouraient dans les tortures de la faim, — à moins qu’on ne voulût leur arracher des révélations.

Alors on les nourrissait uniquement de viande ou de poisson salés, sans jamais les abreuver d’une seule goutte d’eau — genre de « question » qui arrachait bien des réponses.