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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/136

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un drame en livonie.

sonnelle de son camarade pour étendre jusqu’aux fils la rivalité des pères.

Par malheur, lorsque la colère le prenait, il ne se contenait plus et dépassait toute mesure.

Cependant Jean n’avait pas répondu. Sa figure avait légèrement pâli dans un reflux de son sang au cœur.

Mais, assez fort pour se posséder, après un regard ardemment jeté vers l’extrémité de la cour, où paradait le groupe de Karl Johausen :

« Ne parlons pas de cela, Gospodin, dit-il d’une voix grave qui tremblait un peu. Je n’ai jamais fait intervenir le nom de M. Johausen dans nos discussions, et fasse Dieu que Karl soit aussi réservé vis-à-vis de mon père que je le suis vis-à-vis du sien !… S’il manquait à cette réserve…

— Jean a raison, dit un des étudiants, et Gospodin a tort. Ne nous occupons pas de ce qui se passe à Riga, mais bien de ce qui se passe à Dorpat.

— Oui, répliqua Jean Nicolef, qui désirait ramener la conversation à son premier sujet. Toutefois n’exagérons rien et voyons la tournure que prendront les choses…

— Ainsi, Jean, demanda l’étudiant, tu ne penses pas que nous ayons à protester contre l’attitude de Karl Johausen et de ses camarades, à propos de ce banquet dont ils nous ont exclus ?…

— Je pense que, sauf incidents nouveaux, nous ne devons montrer que la plus complète indifférence.

— Va pour l’indifférence ! répondit Gospodin en secouant la tête d’un air peu approbatif. Reste à savoir si nos camarades s’y résigneront… Ils sont furieux, Jean, je t’en préviens…

— Grâce à toi, Gospodin.

— Non, Jean, et il suffira d’un regard dédaigneux, d’un mot malsonnant pour mettre le feu aux poudres !

— Bon ! s’écria Jean Nicolef en souriant, les poudres ne feront