Ouvrir le menu principal

Page:Verne - P’tit-bonhomme, Hetzel, 1906.djvu/313

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
298
p’tit-bonhomme.

« Tu es sûr de l’avoir tué, Bill ?

— Oui, monsieur le comte… d’une balle à la tête, au moment où il se jetait dans l’étang… L’eau est devenue toute rouge, et il est par le fond, en attendant qu’il remonte…

— J’aurais voulu l’avoir vivant ! » s’écria le jeune Piborne.

Et, en effet, quel spectacle, digne de réjouir l’héritier du domaine de Trelingar, et comme sa vengeance eût été complète, s’il avait pu donner Birk en curée, le faire dévorer par ses chiens, aussi cruels que leur maître !



VI

dix-huit ans à deux


P’tit-Bonhomme respira comme il n’avait jamais peut-être respiré de sa vie, longuement, du bon air plein ses poumons, dès que le comte Ashton, son piqueur et ses chiens eurent disparu. Et il est permis d’affirmer que Birk en fit autant, lorsque P’tit-Bonhomme eut desserré les mains qui lui tenaient le museau, disant :

« N’aboie pas… n’aboie pas, Birk ! »

Et Birk n’aboya pas.

C’était une chance, ce matin-là, que P’tit-Bonhomme, bien décidé à partir, eût revêtu ses anciens habits, rassemblé et ficelé son léger paquet, glissé sa bourse dans sa poche. Cela lui épargnait le désagrément de rentrer au château, où le comte Ashton ne tarderait pas à apprendre à qui appartenait le meurtrier du pointer. De quelle façon le groom eût été reçu, on l’imagine. Il est vrai, à ne pas reparaître, il sacrifiait la quinzaine de gages qui lui était due et qu’il