Page:Verne - Les Frères Kip (partie 1).djvu/150

Cette page a été validée par deux contributeurs.

144
les frères kip.


— C’était moi, répondit l’aîné. J’avais devancé mon frère… et quelle fut ma déception lorsque le canot s’éloigna sans que j’eusse été aperçu !… Nous avons cru que toute chance de salut nous échappait !… Il se levait un peu de brise… Le brick n’allait-il pas appareiller pendant la nuit ?… Le lendemain ne serait-il pas déjà au large de l’île ?…

— Pauvres gens !… murmura M. Gibson.

— La côte était plongée dans l’ombre, capitaine… On ne voyait plus rien du navire… Les heures s’écoulaient… C’est alors que nous vint l’idée d’allumer un feu sur la pointe… Des herbes desséchées, du bois sec, nous en apportâmes par brassées, et des charbons ardents du foyer que nous entretenions sur cette grève… Bientôt s’éleva une lueur éclatante… Si le bâtiment était toujours à son mouillage, elle ne pouvait échapper à la vue des hommes de quart !… Ah ! quelle joie, lorsque, vers dix heures, nous entendîmes une triple détonation !… Un fanal brilla dans la direction du brick !… Nous avions été vus… Nous étions sûrs maintenant que le navire attendrait le jour avant de partir, et que nous serions recueillis dès l’aube… Mais il était temps, capitaine, oui !… il était temps, et, comme à votre arrivée, je vous répète : Merci… merci !… »