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VIN MOD À L’ŒUVRE.

Sous l’influence d’un beau soleil, elle parcourait les hautes zones et poussait rapidement le brick, qui portait ses voiles d’étai et ses bonnettes de tribord. À peine s’il y avait lieu de mollir les écoutes, de modifier la barre. Aussi les nouveaux embarqués pouvaient-ils apprécier en marins les qualités nautiques du James-Cook.

Vers onze heures, le mont Herbert, un peu avant le port d’Oamaru, montra sa cime ballonnée, qui s’élève à cinq mille pieds au dessus du niveau de la mer.

Pendant la matinée, Vin Mod chercha vainement à causer avec Len Cannon, qu’il considérait justement comme le plus intelligent et le plus influent des quatre recrues de Dunedin. M. Gibson, on le sait, avait ordonné que ces matelots ne fussent point réunis dans le même quart. Mieux valait, en effet, qu’on les tînt séparés les uns des autres. Au surplus, n’ayant point à manœuvrer, le capitaine laissait au maître d’équipage la surveillance du navire et il s’occupait dans sa cabine à la mise en état de ses comptes de bord.

À ce moment, Hobbes était à la barre. Flig Balt se promenait depuis le grand mât jusqu’à l’arrière, de chaque côté du rouf. Deux autres matelots, Burne et Bryce, allaient et venaient le long du bastingage, sans échanger une parole. Vin Mod et Len Cannon se trouvaient ensemble sous le vent, et leur conversation ne pourrait être entendue de personne.

Lorsque Jim, le mousse, s’approchait d’eux, on le congédiait assez brutalement, et même, par prudence, maître Balt l’envoya frotter les cuivres de l’habitacle.

Quant aux deux autres camarades de Len Cannon, Sexton et Kyle, qui n’étaient point de quart, ils préféraient le plein air à l’atmosphère échauffée du poste. Le cuisinier Koa, sur le gaillard d’avant, les y amusait de ses grosses plaisanteries et de ses abo-