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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/76

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— Ce qui prouve que nous n’avons pas de temps à perdre.

— Mais il fera nuit, lorsque nous arriverons devant le château, et comme j’imagine, forestier, que tu ne seras pas assez fou pour te risquer sans voir clair, il faudra attendre le jour…

— Nous l’attendrons.

— Ainsi tu ne veux pas renoncer à ce projet, qui n’a pas le sens commun ?…

— Non.

— Comment ! Nous voici exténués, ayant besoin d’une bonne table dans une bonne salle, et d’un bon lit dans une bonne chambre, et tu songes à passer la nuit en plein air ?…

— Oui, si quelque obstacle nous empêche de franchir l’enceinte du château.

— Et s’il n’y a pas d’obstacle ?…

— Nous irons coucher dans les appartements du donjon.

— Les appartements du donjon ! s’écria le docteur Patak. Tu crois, forestier, que je consentirai à rester toute une nuit à l’intérieur de ce maudit burg…

— Sans doute, à moins que vous ne préfériez demeurer seul au-dehors.

— Seul, forestier !… Ce n’est point ce qui est convenu, et si nous devons nous séparer, j’aime encore mieux que ce soit en cet endroit pour retourner au village !

— Ce qui est convenu, docteur Patak, c’est que vous me suivrez jusqu’où j’irai…

— Le jour, oui !… La nuit, non !

— Eh bien, libre à vous de partir, et tâchez de ne point vous égarer sous les futaies. »

S’égarer, c’est bien ce qui inquiétait le docteur. Abandonné à lui-même, n’ayant pas l’habitude de ces interminables détours à travers les forêts du Plesa, il se sentait incapable de reprendre la route de Werst. D’ailleurs, d’être seul, lorsque la nuit serait venue, — une nuit très noire peut-être, — de descendre les pentes du col au