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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/69

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obstacle de route qui se présenterait pour obliger son compagnon à revenir sur ses pas.

Nic Deck et le docteur Patak partirent donc, et maître Koltz, le magister Hermod, Frik, Jonas, leur firent la conduite jusqu’au tournant de la grande route, où ils s’arrêtèrent.

De cet endroit, maître Koltz braqua une dernière fois sa lunette — elle ne le quittait plus — dans la direction du burg. Aucune fumée ne se montrait à la cheminée du donjon, et il eût été facile de l’apercevoir sur un horizon très pur, par une belle matinée de printemps. Devait-on en conclure que les hôtes naturels ou surnaturels du château avaient déguerpi, en voyant que le forestier ne tenait pas compte de leurs menaces ? Quelques-uns le pensèrent, et c’était là une raison décisive pour mener l’affaire jusqu’à complète satisfaction.

On se serra la main, et Nic Deck, entraînant le docteur, disparut à l’angle du col.

Le jeune forestier était en tenue de tournée, casquette galonnée à large visière, veste à ceinturon avec le coutelas engaîné, culotte bouffante, bottes ferrées, cartouchière aux reins, le long fusil sur l’épaule. Il avait la réputation justifiée d’être un très habile tireur, et, comme, à défaut de revenants, on pouvait rencontrer de ces rôdeurs qui battent les frontières, ou, à défaut de rôdeurs, quelque ours mal intentionné, il n’était que prudent d’être en mesure de se défendre.

Quant au docteur, il avait cru devoir s’armer d’un vieux pistolet à pierre, qui ratait trois coups sur cinq. Il portait aussi une hachette que son compagnon lui avait remise pour le cas probable où il serait nécessaire de se frayer passage à travers les épais taillis du Plesa. Coiffé du large chapeau des campagnards, boutonné sous son épaisse cape de voyage, il était chaussé de bottes à grosse ferrure, et ce n’est pas toutefois ce lourd attirail qui l’empêcherait de décamper, si l’occasion s’en présentait.

Nic Deck et lui s’étaient également munis de quelques provisions