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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/21

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cots ou des cotonnades. On dirait qu’ils sont les commis-voyageurs de la Maison Saturne et Cie à l’enseigne du Sablier d’or. Et, sans doute, ce fut l’effet que le juif produisit sur Frik, lequel regardait, non sans étonnement, cet étalage d’objets, nouveaux pour lui, dont il ne connaissait pas la destination.

« Eh ! colporteur, demanda-t-il en allongeant le bras, à quoi sert ce bric-à-brac, qui cliquète à votre ceinture comme les os d’un vieux pendu ?

— Ça, c’est des choses de valeur, répondit le forain, des choses utiles à tout le monde.

— À tout le monde, s’écria Frik, en clignant de l’œil, — même à des bergers ?…

— Même à des bergers.

— Et cette mécanique ?…

— Cette mécanique, répondit le juif en faisant sautiller un thermomètre entre ses mains, elle vous apprend s’il fait chaud ou s’il fait froid.

— Eh ! l’ami, je le sais de reste, quand je sue sous mon sayon, ou quand je grelotte sous ma houppelande. »

Évidemment, cela devait suffire à un pâtour, qui ne s’inquiétait guère des pourquoi de la science.

« Et cette grosse patraque avec son aiguille ? reprit-il en désignant un baromètre anéroïde.

— Ce n’est point une patraque, c’est un instrument qui vous dit s’il fera beau demain ou s’il pleuvra…

— Vrai ?…

— Vrai.

— Bon ! répliqua Frik, je n’en voudrais point, quand ça ne coûterait qu’un kreutzer. Rien qu’à voir les nuages traîner dans la montagne ou courir au-dessus des plus hauts pics, est-ce que je ne sais pas le temps vingt-quatre heures à l’avance ? Tenez, vous voyez cette brumaille qui semble sourdre du sol ?… Eh bien, je vous l’ai dit, c’est de l’eau pour demain. »