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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/131

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Ce fut l’Italie que Franz de Télek voulut visiter d’abord, car il parlait assez couramment la langue italienne que le vieux prêtre lui avait apprise. L’attrait de cette terre, si riche de souvenirs et vers laquelle il se sentait préférablement attiré, fut tel qu’il y demeura quatre ans. Il ne quittait Venise que pour Florence, Rome que pour Naples, revenant sans cesse à ces centres artistes, dont il ne pouvait s’arracher. La France, l’Allemagne, l’Espagne, la Russie, l’Angleterre, il les verrait plus tard, il les étudierait même avec plus de profit — lui semblait-il — lorsque l’âge aurait mûri ses idées. Au contraire, il faut avoir toute l’effervescence de la jeunesse pour goûter le charme des grandes cités italiennes.

Franz de Télek avait vingt-sept ans, lorsqu’il vint à Naples pour la dernière fois. Il ne comptait y passer que quelques jours, avant de se rendre en Sicile. C’est par l’exploration de l’ancienne Trinacria qu’il voulait terminer son voyage ; puis, il retournerait au château de Krajowa afin d’y prendre une année de repos.

Une circonstance inattendue allait non seulement changer ses dispositions, mais décider de sa vie et en modifier le cours.

Pendant ces quelques années vécues en Italie, si le jeune comte avait médiocrement gagné du côté des sciences pour lesquelles il ne se sentait aucune aptitude, du moins le sentiment du beau lui avait-il été révélé comme à un aveugle la lumière. L’esprit largement ouvert aux splendeurs de l’art, il s’enthousiasmait devant les chefs-d’œuvre de la peinture, lorsqu’il visitait les musées de Naples, de Venise, de Rome et de Florence. En même temps, les théâtres lui avaient fait connaître les œuvres lyriques de cette époque, et il s’était passionné pour l’interprétation des grands artistes.

Ce fut lors de son dernier séjour à Naples, et dans les circonstances particulières qui vont être rapportées, qu’un sentiment d’une nature plus intime, d’une pénétration plus intensive, s’empara de son cœur.

Il y avait à cette époque au théâtre San-Carlo une célèbre cantatrice, dont la voix pure, la méthode achevée, le jeu dramatique, fai-