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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/99

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EN SUIVANT UNE LIANE.

yeux que de l’oreille. D’ailleurs les cris, les chants de ces milliers d’oiseaux, étaient si pénétrants parfois, qu’il n’eût pu l’entendre. Seul, le rire éclatant de Lina avait assez d’acuité pour dominer de sa joyeuse note les gloussements, pépiements, hullulements, sifflements, roucoulements de toute espèce.

Au bout d’une heure, on n’avait pas franchi plus d’un petit mille. En s’éloignant des rives, les arbres prenaient un autre aspect. La vie animale ne se manifestait plus au ras du sol, mais à soixante ou quatre-vingts pieds au-dessus, par le passage de bandes de singes, qui se poursuivaient à travers les hautes branches. Çà et là, quelques cônes de rayons solaires perçaient jusqu’au sous-bois. En vérité, la lumière, dans ces forêts tropicales, ne semble plus être un agent indispensable à leur existence. L’air suffit au développement de ces végétaux, grands ou petits, arbres ou plantes, et toute la chaleur nécessaire à l’expansion de leur sève, ils la puisent, non dans l’atmosphère ambiante, mais au sein même du sol, où elle s’emmagasine comme dans un énorme calorifère.

Et à la surface des bromélias, des serpentines, des orchidées, des cactus, de tous ces parasites enfin qui formaient une petite forêt sous la grande, que de merveilleux insectes on était tenté de cueillir