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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/88

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LA JANGADA.

centue à quelques pieds au-dessus du sol, arbres à écorce roussâtre et luisante, boutonnée de tubercules gris, dont le fuseau aigu supporte un parasol horizontal ; là, des bombax au tronc blanc, lisse et droit, de taille superbe. Près de ces magnifiques échantillons de la flore amazonienne tombaient aussi des « quatibos », dont le dôme rose dominait tous les arbres voisins, qui donnent des fruits semblables à de petits vases, où sont disposées des rangées de châtaignes, et dont le bois, d’un violet clair, est spécialement demandé pour les constructions navales. C’étaient encore des bois de fer, et plus particulièrement l’« ibiriratea », d’une chair presque noire, si serrée de grain que les Indiens en fabriquent leurs haches de combat ; des « jacarandas », plus précieux que l’acajou ; des « cœsalpinas », dont on ne retrouve l’espèce qu’au fond de ces vieilles forêts qui ont échappé au bras des bûcherons ; des « sapucaias », hauts de cent cinquante pieds, arc-boutés d’arceaux naturels, qui, sortis d’eux à trois mètres de leur base, se rejoignent à une hauteur de trente pieds, s’enroulent autour de leur tronc comme les filetures d’une colonne torse, et dont la fête s’épanouit en un bouquet d’artifices végétaux, que les plantes parasites colorent de jaune, de pourpre et de blanc neigeux.