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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/84

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LA JANGADA.

et plus économiquement que ne l’eût pu faire un railway ? Aussi, chaque année, Joam Garral, jetant à terre quelques centaines d’arbres de sa réserve, formait-il un de ces immenses trains de bois flotté, fait de madriers, poutrelles, troncs à peine équarris, qui se rendait au Para sous la conduite d’habiles pilotes, connaissant bien le brassiage du fleuve et la direction des courants.

En cette année, Joam Garral allait donc agir comme il l’avait fait les années précédentes. Seulement, le train de bois établi, il comptait laisser à Benito tout le détail de cette grosse affaire commerciale. Mais il n’y avait pas de temps à perdre. En effet, le commencement de juin était l’époque favorable pour le départ, puisque les eaux, surélevées par les crues du haut bassin, allaient baisser peu à peu jusqu’au mois d’octobre.

Les premiers travaux devaient donc être entrepris, sans retard, car le train de bois allait prendre des proportions inusitées. Il s’agissait, cette fois, d’abattre un demi-mille carré de forêt, située au confluent du Nanay et de l’Amazone, c’est-à-dire tout un angle du littoral de la fazenda, d’en former un énorme train, — tel que serait une de ces jangadas ou radeaux du fleuve, à laquelle on donnerait les dimensions d’un îlot.