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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/262

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LA JANGADA.

quarante-sept pieds et qui sont aussi gros qu’une barrique !

En vérité, un de ces sucurijus, lancé à la surface de la jangada, eût été aussi redoutable qu’un caïman !

Très heureusement, les passagers n’eurent à lutter ni contre les gymnotes ni contre les serpents, et le passage à travers la forêt inondée, qui dura deux heures environ, s’acheva sans accidents.

Trois jours s’écoulèrent. On approchait de Manao. Vingt-quatre heures encore, et la jangada serait à l’embouchure du rio Negro, devant cette capitale de la province des Amazones.

En effet, le 23 août, à cinq heures du soir, elle s’arrêtait à la pointe septentrionale de l’île Muras, sur la rive droite du fleuve. Il n’y avait plus qu’à le traverser obliquement, sur une distance de quelques milles, pour arriver au port.

Mais le pilote Araujo ne voulut pas, avec raison, se hasarder ce jour-là, la nuit approchant. Les trois milles qui restaient à parcourir exigeraient trois heures de navigation, et, pour couper le cours du fleuve, il importait avant tout d’y voir clair.

Ce soir-là, le dîner, qui devait être le dernier de cette première partie du voyage, ne fut pas servi sans quelque cérémonie. La moitié du cours de l’Amazone franchi dans ces conditions, cela valait bien