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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/260

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LA JANGADA.

aurait sans doute rien à craindre en naviguant ainsi ; mais, sur un long train de bois, mieux vaut le cours libre et dégagé d’un fleuve.

— Avant deux heures, nous aurons entièrement traversé cette forêt, dit le pilote.

— Regardons bien alors ! s’écria Lina. Toutes ces belles choses passent si vite ! Ah ! chère maîtresse, voyez-vous ces bandes de singes qui s’ébattent dans les hautes branches des arbres, et les oiseaux qui se mirent dans cette eau pure !

— Et les fleurs qui s’entr’ouvrent à la surface, répondit Minha, et que le courant berce comme une brise !

— Et ces longues lianes, qui sont capricieusement tendues d’un arbre à l’autre ! ajouta la jeune mulâtresse.

— Et pas de Fragoso au bout ! dit le fiancé de Lina. C’était pourtant une belle fleur que vous avez cueillie là dans la forêt d’Iquitos !

— Voyez-vous cette fleur unique au monde ! répondit Lina en se moquant. Ah ! maîtresse, regardez ces magnifiques plantes ! »

Et Lina montrait des nymphéas aux feuilles colossales, dont les fleurs portaient des boutons gros comme des noix de coco. Puis c’étaient, à l’endroit où se dessinaient les rives immergées,