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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/252

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LA JANGADA.

arrêter le caïman ! Elle ne frappa que la carapace de l’animal, dont les écailles volèrent en éclats, sans avoir été pénétrée.

Manoel s’élança vers la jeune fille pour la relever, l’emporter, l’arracher à la mort !… Un coup de queue, lancé latéralement par l’animal, le renversa à son tour.

Minha, évanouie, était perdue, et déjà la bouche du caïman s’ouvrait pour la broyer !…

Ce fut alors que Fragoso, bondissant sur l’animal, lui plongea un couteau jusqu’au fond de la gorge, au risque d’avoir le bras coupé par les deux mâchoires, si elles se refermaient brusquement.

Fragoso put retirer son bras à temps ; mais il ne put éviter le choc du caïman, et il fut entraîné dans le fleuve, dont les eaux devinrent rouges sur un large espace.

« Fragoso ! Fragoso ! » avait crié Lina, qui venait de s’agenouiller sur le bord de la jangada.

Un instant après, Fragoso reparaissait à la surface de l’Amazone… Il était sain et sauf.

Mais, au péril de sa vie, il avait sauvé la jeune fille, qui revenait à elle, et comme, de toutes ces mains que lui tendaient Manoel, Yaquita, Minha, Lina, Fragoso ne savait à laquelle répondre, il finit par presser celle de la jeune mulâtresse.