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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/19

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UN CAPITAINE DES BOIS.

métal, dont le couvercle se fermait hermétiquement, Torrès, au lieu de le replacer dans la poche de la vareuse que recouvrait son poncho, crut mieux faire, par excès de précaution, en le déposant, près de lui, dans le creux d’une racine de l’arbre au pied duquel il était étendu.

C’était une imprudence qui faillit lui coûter cher !

Il faisait très chaud. Le temps était lourd. Si l’église de la bourgade la plus voisine eût possédé une horloge, cette horloge aurait alors sonné deux heures après midi, et, avec le vent qui portait, Torrès l’eût entendue, car il n’en était pas à plus de deux milles.

Mais l’heure lui était indifférente, sans doute. Habitué à se guider sur la hauteur, plus ou moins bien calculée, du soleil au-dessus de l’horizon, un aventurier ne saurait apporter l’exactitude militaire dans les divers actes de la vie. Il déjeune ou dîne quand il lui plaît ou lorsqu’il le peut. Il dort où et quand le sommeil le prend. Si la table n’est pas toujours mise, le lit est toujours fait au pied d’un arbre, dans l’épaisseur d’un fourré, en pleine forêt. Torrès n’était pas autrement difficile sur les questions de confort. D’ailleurs, s’il avait marché une grande partie de la matinée, il venait de manger