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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/184

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LA JANGADA.

ment. Époux et épouses, le joyeux barbier le savait bien, lui feraient le meilleur accueil.

Voilà donc Fragoso en route, remontant le chemin ombragé de beaux ficus, et arrivant au quartier central de Tabatinga.

Dès son arrivée sur la place, le célèbre coiffeur fut signalé, reconnu, entouré.

Fragoso n’avait ni grosse caisse, ni tambour, ni cornet à piston, pour attirer les clients, pas même de voiture à cuivres brillants, à lanternes resplendissantes, à panneaux ornés de glaces, ni de parasol gigantesque, ni rien qui pût provoquer l’empressement du public, ainsi que cela se fait dans les foires ! Non ! mais Fragoso avait son bilboquet, et comme ce bilboquet jouait entre ses doigts ! Avec quelle adresse il recevait la tête de tortue, qui servait de boule, sur la pointe effilée du manche ! Avec quelle grâce il faisait décrire à cette boule cette courbe savante, dont les mathématiciens n’ont peut-être pas encore calculé la valeur, eux qui ont déterminé, cependant, la fameuse courbe « du chien qui suit son maître ! »

Tous les indigènes étaient là, hommes, femmes, vieillards, enfants, dans leur costume un peu primitif, regardant de tous leurs yeux, écoutant de toutes leurs oreilles. L’aimable opérateur, moitié en por-