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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/167

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DE PEVAS À LA FRONTIÈRE.

— Et qu’est-il devenu ? demanda la jeune mulâtresse.

— Il paraît qu’à son dernier voyage, mademoiselle Lina, répondit Fragoso, au lieu de remonter le rio Negro, il s’est trompé de route, il a suivi l’Amazone, et on ne l’a plus revu !

— Oh ! si nous pouvions le rencontrer ! s’écria Lina.

— Si nous le rencontrons, répondit Benito, nous te mettrons dessus, Lina ; il t’emportera dans sa forêt mystérieuse, et tu passeras, toi aussi, à l’état de naïade légendaire

— Pourquoi non ? répondit la folle jeune fille.

— Voilà bien des légendes, dit alors Manoel, et j’avoue que votre fleuve en est digne. Mais il a aussi des histoires qui les valent bien. J’en sais une, et, si je ne craignais de vous attrister, car elle est véritablement lamentable, je vous la raconterais !

— Oh ! racontez, monsieur Manoel, s’écria Lina ! J’aime tant les histoires qui font pleurer !

— Tu pleures, toi, Lina ! dit Benito.

— Oui, monsieur Benito, mais je pleure en riant !

— Eh bien ! raconte-nous cela, Manoel.

— C’est l’histoire d’une Française, dont les malheurs ont illustré ces rives au xviiie siècle.

— Nous vous écoutons, dit Minha.