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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/165

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DE PEVAS À LA FRONTIÈRE.

ou du moins, pour mon compte, je ne les connais pas !

— Mais alors, que vous apprend-on donc dans les collèges de Bélem ? répondit en riant la jeune fille.

— Je commence à m’apercevoir que l’on ne nous y apprend rien ! répondit Manoel.

— Quoi ! monsieur, reprit Minha avec un sérieux tout à fait plaisant, vous ignorez, entre autres fables, qu’un énorme reptile, nommé le Minhocao, vient quelquefois visiter l’Amazone, et que les eaux du fleuve croissent ou décroissent, suivant que ce serpent s’y plonge ou qu’il en sort, tant il est gigantesque !

— Mais l’avez-vous vu quelquefois, ce Minhocao phénoménal ? demanda Manoel.

— Hélas ! non, répondit Lina.

— Quel dommage ! crut devoir ajouter Fragoso.

— Et la « Mae d’Agua », reprit la jeune fille, cette superbe et redoutable femme, dont le regard fascine et entraîne sous les eaux du fleuve les imprudents qui la contemplent ?

— Oh ! quant à la Mae d’Agua, elle existe ! s’écria la naïve Lina. On dit même qu’elle se promène encore sur les berges, mais qu’elle disparaît, comme une ondine, dès qu’on s’approche d’elle !