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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/134

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LA JANGADA.

à tenir compte. Aucune agression n’était à prévoir.

Pour achever de décrire la jangada, il ne reste plus à parler que de deux ou trois constructions de nature bien différente, qui achevaient de lui donner un très pittoresque aspect.

À l’avant s’élevait la case du pilote. On dit à l’avant, et non à l’arrière où se trouve habituellement la place du timonier. En effet, dans ces conditions de navigation, il n’y avait pas à faire usage d’un gouvernail. De longs avirons n’auraient eu aucune action sur un train de cette longueur, quand même ils eussent été manœuvrés par cent bras vigoureux. C’était latéralement au moyen de longues gaffes ou d’arcs-boutants, appuyés sur le fond du lit, qu’on maintenait la jangada dans le courant, ou qu’on redressait sa direction, lorsqu’elle s’en écartait. Par ce moyen, elle pouvait s’approcher d’une rive ou de l’autre, quand il s’agissait de faire halte pour un motif quelconque. Trois ou quatre ubas, deux pirogues avec leur gréement, étaient à bord et permettaient de communiquer facilement avec les berges. Le rôle du pilote se bornait donc à reconnaître les passes du fleuve, les déviations du courant, les remous qu’il convenait d’éviter, les anses ou criques qui présentent un mouillage favorable, et, pour ce faire sa place était et devait être à l’avant.