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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/101

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EN SUIVANT UNE LIANE.

— Je suis poète ! répliqua Benito. Ô nature enchanteresse, etc. »

Il faut bien convenir, cependant, que Minha, en interdisant à son frère l’usage de son fusil de chasseur, lui avait imposé une véritable privation. Le gibier ne manquait pas dans la forêt, et il eut sérieusement lieu de regretter quelques beaux coups.

En effet, dans les parties moins boisées, où s’ouvraient d’assez larges clairières, apparaissaient quelques couples d’autruches, de l’espèce des « naudus », hautes de quatre à cinq pieds. Elles allaient accompagnées de leurs inséparables « seriemas », sorte de dindons infiniment meilleurs, au point de vue comestible, que les grands volatiles qu’ils escortent.

« Voilà ce que me coûte ma maudite promesse ! s’écria Benito en remettant sous son bras, à un geste de sa sœur, le fusil qu’il venait instinctivement d’épauler.

— Il faut respecter ces seriemas, répondit Manoel, car ce sont de grands destructeurs de serpents.

— Comme il faut respecter les serpents, répliqua Benito, parce qu’ils mangent les insectes nuisibles, et ceux-ci parce qu’ils vivent de pucerons, plus nuisibles encore ! À ce compte-là, il faudrait tout respecter ! »

Mais l’instinct du jeune chasseur allait être mis à