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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/66

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Et, prenant un thermomètre centigrade suspendu au mur du poste, il le plongea dans l’eau bouillante.

L’instrument ne marqua que soixante-six degrés.

« Bon ! s’écria l’officier, voilà l’eau qui bout à soixante-six degrés au lieu de cent !

— Eh bien, mon capitaine ?

— Eh bien, Ben-Zouf, je te conseille de laisser tes œufs un bon quart d’heure dans ta casserole, et encore seront-ils à peine cuits !

— Mais ils seront durs ?

— Non, mon ami, et c’est tout au plus s’ils seront assez cuits pour colorer nos mouillettes ! »

La cause de ce phénomène était évidemment une diminution de hauteur de la couche atmosphérique, ce qui concordait avec la diminution de densité de l’air déjà observée. Le capitaine Servadac ne s’y trompa pas. La colonne d’air, au-dessus de la surface du globe, avait décru d’un tiers environ, et c’est pourquoi l’eau, soumise à une moindre pression, bouillait à soixante-six degrés au lieu de cent. Un phénomène identique se fût produit au sommet d’une montagne dont l’altitude aurait été de onze mille mètres, et si le capitaine Servadac avait possédé un baromètre, il eût déjà constaté cette décroissance de la colonne atmosphérique. C’est même cette circonstance qui avait provoqué chez Ben-Zouf et chez lui cet affaiblissement de la voix, cette aspiration plus vive, et cette décompression des vaisseaux sanguins, à laquelle ils étaient faits déjà.