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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/261

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dépouiller de son bien. Aussi, ne voulant pas être joué, il repoussait l’hypothèse de cet énorme bloc, détaché de la terre et emporté dans l’espace, et, ne voulant pas être dépouillé, il veillait nuit et jour. Mais, en somme, puisque jusqu’ici tout concluait à l’existence d’un nouvel astre pérégrinant dans le monde solaire, — astre habité seulement par les Anglais de Gibraltar et les colons de l’île Gourbi, — Isac Hakhabut avait beau promener sur la ligne d’horizon sa vieille lunette rapiécée comme un tuyau de poêle, il ne voyait aucun navire apparaître, ni aucun trafiquant accourir pour échanger son or contre les richesses de la Hansa.

Cependant, Isac n’avait pas été sans connaître les projets d’hivernage qui allaient être mis à exécution. Tout d’abord, suivant son invariable habitude, il refusa d’y croire. Mais lorsqu’il vit la Dobryna faire de fréquents voyages au sud, emportant les récoltes et les animaux domestiques, il fut bien obligé d’admettre que le capitaine Servadac et ses compagnons se préparaient à quitter l’île Gourbi.

Qu’allait-il donc devenir, ce malheureux Hakhabut, si, en fin de compte, tout ce qu’il refusait de croire était vrai ? Comment ! il ne serait plus sur la Méditerranée, mais sur la mer Gallienne ! Il ne reverrait plus jamais sa bonne patrie allemande ! Il ne trafiquerait plus avec ses faciles dupes de Tripoli et de Tunis ? Mais c’était sa ruine !