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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/166

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— Et ici, à Corfou !...

— Corfou ? »

L’ébahissement des deux Anglais était tel, que le comte Timascheff, très-réservé jusqu’alors, tout porté qu’il fût à prendre fait et cause pour l’officier d’état-major, crut devoir intervenir dans la discussion. Il allait donc s’adresser au brigadier Murphy, lorsque celui-ci, s’adressant d’un ton plus calme au capitaine Servadac :

« Monsieur, lui dit-il, je ne dois pas vous laisser plus longtemps dans une erreur, dont je ne puis deviner la cause. Vous êtes ici sur un sol qui est anglais par droit de conquête et de possession depuis 1704, droit qui nous a été confirmé par le traité d’Utrecht, Plusieurs fois, il est vrai, la France et l’Espagne ont tenté de le contester, en 1727, en 1779, en 1782, mais sans y réussir. Donc, vous êtes aussi bien en Angleterre sur cet îlot, quelque petit qu’il soit, que si vous étiez sur la place Trafalgar, à Londres.

— Nous ne sommes donc pas à Corfou, dans la capitale même des îles Ioniennes ? demanda le comte Timascheff, avec l’accent d’une profonde surprise.

— Non, messieurs, non, répondit le brigadier Murphy. Ici, vous êtes à Gibraltar. »

Gibraltar ! Ce mot éclata comme un coup de foudre aux oreilles du comte Timascheff et de l’officier d’état-major ! Ils croyaient être à Corfou, à l’extrémité orientale de la Méditerranée, et ils étaient à Gibraltar, à