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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/136

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dité désespérante ? Leurs provisions épuisées, comment les renouvelleraient-ils ? Pouvait-on espérer de retrouver au delà de cet inaccessible cadre quelque portion épargnée de l’ancien continent ?

La Dobryna essaya de tenir contre la tempête, et son équipage, courageux et dévoué, manœuvra avec le plus grand sang-froid. Pas un de ces matelots, confiants dans l’habileté de leur chef et dans la solidité du navire, ne faiblit un instant. Mais la machine était forcée, parfois, au point qu’elle menaçait de se disloquer. D’ailleurs, la goëlette ne sentait plus son hélice, et, étant à sec de toile, car il n’avait pas été possible d’établir même un tourmentin que l’ouragan eût déchiré, elle fut entraînée vers la côte.

Tout l’équipage était sur le pont, comprenant la situation désespérée que lui faisait la tempête. La terre n’était pas alors à plus de quatre milles sous le vent, et la Dobryna y dérivait avec une vitesse qui ne laissait plus aucun espoir de la relever.

« Père, dit le lieutenant Procope au comte Timascheff, la force de l’homme a ses limites. Je ne puis résister à cette dérive qui nous emporte !

— As-tu fait tout ce qu’un marin pouvait faire ? demanda le comte Timascheff, dont la figure ne trahissait aucune émotion.

— Tout, répondit le lieutenant Procope. Mais, avant une heure, notre goëlette se sera mise à la côte !

— Avant une heure, dit le comte Timascheff, et de