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le télescope des montagnes rocheuses.

inconnue jusqu’alors. Parmi les instruments réfracteurs fonctionnant à cette époque, on citait la lunette de l’Observatoire de Poulkowa, en Russie, dont l’objectif mesure quinze pouces ( — 38 centimètres de largeur[1]), la lunette de l’opticien français Lerebours, pourvue d’un objectif égal au précédent, et enfin la lunette de l’Observatoire de Cambridge, munie d’un objectif qui a dix-neuf pouces de diamètre (48 cm).

Parmi les télescopes, on en connaissait deux d’une puissance remarquable et de dimension gigantesque. Le premier, construit par Herschel, était long de trente-six pieds et possédait un miroir large de quatre pieds et demi ; il permettait d’obtenir des grossissements de six mille fois. Le second s’élevait en Irlande, à Birrcastle, dans le parc de Parsonstown, et appartenait à Lord Rosse. La longueur de son tube était de quarante-huit pieds, la largeur de son miroir de six pieds ( — 1.93 m[2]) ; il grossissait six mille quatre cents fois, et il avait fallu bâtir une immense construction en maçonnerie pour disposer les appareils nécessaires à la manœuvre de l’instrument, qui pesait vingt-huit mille livres.

Mais, on le voit, malgré ces dimensions colossales, les grossissements obtenus ne dépassaient pas six mille fois en nombres ronds ; or, un grossissement de six mille fois ne ramène la Lune qu’à trente-neuf milles ( — 16 lieues), et il laisse seulement apercevoir les objets ayant soixante pieds de diamètre, à moins que ces objets ne soient très-allongés.

Or, dans l’espèce, il s’agissait d’un projectile large de neuf pieds et long de quinze ; il fallait donc ramener la Lune à cinq milles ( — 2 lieues) au moins, et, pour cela, produire des grossissements de quarante-huit mille fois.

Telle était la question posée à l’Observatoire de Cambridge. Il ne devait pas être arrêté par les difficultés financières ; restaient donc les difficultés matérielles.

Et d’abord il fallut opter entre les télescopes et les lunettes. Les lunettes présentent des avantages sur les télescopes. À égalité d’objectifs, elles permettent d’obtenir des grossissements plus considérables, parce que les rayons lumineux qui traversent les lentilles perdent moins par l’absorption que par la réflexion sur le miroir métallique des télescopes. Mais l’épaisseur que l’on peut donner à une lentille est limitée, car, trop épaisse, elle

  1. Elle a coûté 80,000 roubles (320,000 francs).
  2. On entend souvent parler de lunettes ayant une longueur bien plus considérable ; une, entre autres, de 300 pieds de foyer, fut établie par les soins de Dominique Cassini à l’Observatoire de Paris ; mais il faut savoir que ces lunettes n’avaient pas de tube. L’objectif était suspendu en l’air au moyen de mâts, et l’observateur, tenant son oculaire à la main, venait se placer au foyer de l’objectif le plus exactement possible. On comprend combien ces instruments étaient d’un emploi peu aisé et la difficulté qu’il y avait de centrer deux lentilles placées dans ces conditions.