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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/99

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césar cascabel.


— En l’insultant, vous l’avez fait votre égal !… Et nous nous battrons à l’épée, au pistolet, au sabre, à ce que vous voudrez… même à coups de poing !

— Pourquoi pas à coups de vessie, riposta le baronnet, comme vos paillasses sur vos tréteaux !

— Défendez vous…

— Est-ce qu’on se bat avec un coureur de foires ?

— Oui ! s’écria M. Cascabel, arrivé au dernier degré de la fureur, oui ! on se bat… ou l’on se fait battre ! »

Et, sans songer que son adversaire aurait sans doute l’avantage dans une de ces boxes où excellent les gentlemen, il allait se précipiter sur lui, lorsque Cornélia intervint de sa personne.

Au même moment, accoururent quelques officiers du régiment de sir Edward Turner, ses compagnons de chasse, et, se joignant au baronnet, bien décidés à ne point le laisser se commettre avec une pareille « espèce », ils accablèrent d’invectives la famille Cascabel. Ces invectives, d’ailleurs, n’eurent point le don d’émouvoir l’imposante Cornélia — du moins, en apparence. Elle se contenta de jeter sur sir Edward Turner un regard qui n’était pas rassurant pour l’insulteur de son mari.

Jean, Clou et Sandre venaient d’arriver aussi, et la dispute allait dégénérer en bataille, lorsque Mme Cascabel s’écria :

« Viens, César, et vous aussi, les enfants, venez !… Allons !… Tous à la Roulotte, et plus vite que ça ! »

Et ce fut dit d’un ton si impérieux, que nul ne se fût permis de désobéir à cette injonction.

Quelle soirée passa M. Cascabel ! Il ne décolérait pas !… Lui, touché dans son honneur, touché dans la personne de son héros !… Insulté par un English !… Il voulait aller le trouver, il voulait se battre contre lui, contre tous ses compagnons, contre tous les coquins de ce village de Coquins !… Et ses enfants ne demandaient qu’à l’accompagner ! Jusqu’à Clou, qui ne parlait rien moins que de manger le nez d’un Anglais… à moins que ce ne fût l’oreille !