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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/393

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césar cascabel.


Jean l’avait-il vue ?…

Non ! Jean rêvait… et rêvait d’elle !

Dès qu’elle eut atteint la porte, Kayette l’ouvrit avec précaution et la referma sans bruit.

Dès qu’elle fut dehors :

« Allons », dit-elle.

Elle n’eut pas une hésitation, elle n’éprouva pas une crainte. Et, pourtant, c’était peut-être sa vie qu’elle risquait, si elle était découverte !

Kayette s’engagea à travers le bois, dont les dessous s’illuminaient comme d’un reflet d’incendie, lorsqu’un large éclair déchirait les nuages. En rampant le long des fourrés, au milieu des hautes herbes, elle arriva derrière le tronc d’un énorme mélèze. Un chuchotement de voix qu’elle entendit à la distance d’une vingtaine de pas, la fit s’arrêter.

Sept hommes étaient là. Ortik et Kirschef venaient de les rejoindre et ils étaient groupés sous les arbres.

Et voici ce que Kayette surprit de la conversation de ces hommes suspects, qui s’exprimaient en langue russe.

« Ma foi, dit Ortik, j’ai eu bien raison de prendre le défilé de la Petchora !… On est toujours sûr d’y rencontrer d’anciens camarades ! — N’est-ce pas, Rostof ? »

Rostof était l’homme qu’Ortik et Kirschef avaient aperçu sur la lisière du bois.

« Voilà deux jours, répondit Rostof, que nous suivons cette voiture, en ayant soin de ne point nous laisser voir ! Comme nous vous avions reconnus tous deux, Kirschef et toi, nous pensions qu’il y aurait un bon coup à faire.

— Un… et peut-être deux ! répondit Ortik.

— Mais d’où venez-vous ?… demanda Rostof.

— Du fond de l’Amérique, où nous étions enrôlés dans la bande de Karnof.

— Et ces gens que vous accompagnez, qui sont-ils ?…

— Des saltimbanques français, une famille Cascabel, qui revient