Ouvrir le menu principal

Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/410

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
400
histoires

tandis que des talons de botte sonnnant sec sur le boulevard embrumé l’avertissaient de la venue d’un agent. Quand celui-ci passa devant elle, ce fut un cri :

— Tiens ! Anatole !

Elle empoigna l’homme par le bras, lui dit tout dans une détente de volubilité féminine et non toutefois sans une sorte de réserve et de dignité sui generis, ce à quoi le sergent ne répondit en toute logique que par :

— D’abord, ma belle, je ne suis pas de service, et puis quoi ! nous autres nous n’y pouvons rien… ce n’est pas sur la voie publique… Il n’y a pas de scandale avéré.

Mais la femme tenait sa vengeance.

Sa vengeance ! Ce mot n’est-il pas bien délicat en l’espèce. Et d’abord, pourquoi jalouse, puisque Charles était — elle ne le savait que trop, la misérable complice de tous ses vices aussi bien que de tous ses crimes — coutumier d’amours ainsi, tant pour la galette qu’hélas ! pour la peau ? Et quelle mouche de luxure honnête et modérée la piquait donc ce soir ? Mystère dont toutes les femmes, proportionnellement, sont participantes. Et c’est tout ce que le moraliste, en dehors des morales positives, peut dire, malheureusement.

Alors, dans ce brouillard londonien, mais